Entre la joie des uns et l’angoisse

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Posted by:Nass el houma pointe pescade

One Saturday : 07/03/2015

Entre la joie des uns et l’angoisse des autres : Un jour de neige dans un village de Kabylie

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Le village Aït Bouamaza est situé sur les hauteurs de la commune de Frikat dans la daïra de Draâ-El-Mizan (Tizi-Ouzou). Son altitude qui approche des 1000 mètres fait de lui un endroit constamment couvert de neige durant les mois d’hiver. «Depuis début décembre, on a déjà enregistré des chutes de neige à trois reprises», indique Omar, un habitant de ce hameau, le plus haut de toute la région.
Lors d’une virée qui nous a conduites avant-hier dans ce village, nous avons découvert des lieux complètement «engloutis» par la poudre blanche, et des conditions de vie très difficiles. Il n’était d’ailleurs pas facile et même risqué d’y accéder. Les toits des maisons, les arbres, les monts et la route qui y mène donnent l’image d’un désert montagneux blanc. Ce village est distant d’environ 15 km du chef lieu de la daïra de Draâ-El-Mizan et à quelques 55 km du chef lieu de la wilaya de Tizi Ouzou.
C’est aux environs de 14h que nous avions pris la route de Draâ-El-Mizan vers Aït Boumaâza. La route est sinueuse, défoncée par endroits, très étroite dans d’autres et carrément impraticable au niveau de certains autres passages. Une heure plutôt, cette route a été dégagée par un chasse-neige de la commune sous la supervision du maire en personne, a-t-on appris auprès des habitants.
A partir du lieu dit, Akham Ferar, le chemin ne fait que monter. Le premier obstacle se dresse au niveau du village Aït Ali, deux kilomètres plus bas. C’est sous la chute brutale de neige que nous avons traversé ce village. C’est à partir de là que la neige commence à remplir l’horizon. Il fallait continuer la route doucement, mais avec beaucoup de prudence. A Aït Boumaza, l’épaisseur de la neige a déjà atteint près de 20 cm. Les fortes chutes se sont poursuivies dans la nuit d’avant-hier et la journée d’hier, aggravant ainsi une situation déjà inquiétante.
Le village perché sur les cimes accidentées de la montagne compte environ 800 habitants. Les amateurs de la photo trouveront toutes les peines du monde pour alimenter leur appareil tant le brouillard couvre aussi cet endroit enclavé.

Entre joie et angoisse
La majorité des maisons sont d’architecture ancienne. Mais il y a des foyers, notamment ceux dont ont bénéficié les habitants dans le cadre de l’aide de l’Etat à l’habitat rural, qui respectent les règles de l’architecture moderne. Ici, on attend la neige avec joie mais aussi angoisse. La joie pour les enfants qui en profitent pour jouer et l’angoisse pour les parents qui trouvent des difficultés énormes à affronter la situation. L’absence de gaz naturel, les coupures électriques et le blocage de la route sont les principaux problèmes rencontrés.
«Avant le début de l’hiver, on s’approvisionne en gaz butane et en denrées alimentaires comme les légumes et les pâtes mais ce n’est pas certain que nous tenons le coup si la neige couvre le village pendant des semaines », explique un autre habitant. En effet, avant-hier, des chaînes considérables se sont constituées devant le vendeur de bouteilles de gaz butane et devant les commerces pour acheter les sachets de lait. « Notre plus grand problème c’est le gaz. Ça arrive parfois où les prix de la bouteille atteignent plus de 500 DA», témoigne un père de famille, ajoutant que certaines familles se chauffent au bois pendant cette période. «J’ai fait un stock d’un mois de bois», atteste un autre habitant, exprimant sa crainte.
Profitant de notre présence, des jeunes ont lancé un appel aux autorités locales pour procéder au raccordement rapide des foyers au gaz naturel.
«Chaque hiver, nous vivons cette angoisse relative au manque de gaz butane. Imaginez, si vous avez un malade et que le gaz vient à manquer», souligne-t-il.

La hantise des malades
La fermeture de l’unique route qui mène au village par la neige provoque une autre angoisse chez les villageois. Alors soit ils se mobilisent pour la dégager, soit c’est l’APC qui s’en charge en envoyant un chasse-neige. Mais dans les moments sensibles, comme la nuit, c’est la hantise. Selon nos interlocuteurs, plusieurs fois des familles se sont confrontées à l’impossibilité d’évacuer un malade qui nécessite et en urgence une visite médicale. «Des femmes ont accouché à l’intérieur des maisons devant l’impossibilité de les transporter à l’hôpital », précise-t-on, en évoquant la dure réalité que cachent les chutes de neige.
Ce témoignage frise un appel de détresse. « Dans les villes, on dit qu’ils sont heureux les montagnards qui sont arrosés de neige. Ils viennent souvent pour en profiter. Ils ramènent leurs enfants pour jouer, leurs appareils photos pour immortaliser le moment. Mais ils oublient que nous souffrons en silence de la cruauté de la loi de la nature ». En effet, la nature, quand elle se met à gronder, fait peur. Dans ce village, il est difficile de faire face aux dures conditions, aggravées par le froid mais aussi cruauté de la nature. Pour leur faciliter la vie, les villageois demandent d’améliorer leurs conditions sociales. On n’est pas au stade de parler du chômage et de la pauvreté. C’est les commodités dont la mise en place incombe à l’Etat qu’il s’agit. Ils veulent la mise en service du réseau du gaz naturel, la fin du calvaire des coupures électriques, la réalisation d’un réseau d’assainissement et d’autres commodités. « En bref, nous voulons nos droits », résume l’un de nos interlocuteurs. En attendant donc que les pouvoirs publics satisfassent ces revendications légitimes, les habitants d’Aït Boumaâza continuent à endurer les mêmes conditions déplorables dans leur vie quotidienne.